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Les Carnets du LaPIJ

N°2. Journalisme algorithmique

  • 31 mars 2021
Laurence Dierickx

Le journalisme algorithmique fait référence à de nouvelles pratiques au sein des rédactions des organisations médiatiques, où des logiciels et procédures informatisées sont mobilisés à différents maillons de la chaîne de production de l’information. Le phénomène de l’automatisation de la production d’informations, qui est apparu aux États-Unis à la fin des années 2010, constitue l’un de ses avatars les plus souvent interrogés par les chercheurs. Celui-ci désigne un processus informatique consistant à transformer des données structurées en texte, en graphique ou en toute autre forme de représentation visuelle.

Son développement peut être expliqué par la conjugaison de trois facteurs : l’accessibilité à des volumes de données de plus en plus importants, la popularisation d’une approche par données dans le journalisme mais aussi l’évolution de technologies de plus en plus performantes. Au chevet de cette évolution, la recherche s’est attachée à définir les enjeux professionnels d’un phénomène pouvant être considéré comme disruptif, dès lors qu’il permet de (ré)interroger le rôle du journaliste, sa valeur ajoutée et son identité professionnelle. Ce dernier aspect est exacerbé par l’usage répandu de la métaphore du « robot journaliste », induisant de manière erronée que l’humain et la machine se trouvent sur un pied d’égalité. Les recherches consacrées à la perception des contenus journalistiques générés de manière automatique mettent également en lumière le peu de différence que les audiences font entre des productions automatisées et des productions signées de la main d’un journaliste. Toutefois, ils reconnaissent souvent des qualités de précision et d’objectivité aux premières, tandis qu’ils soulignent une meilleure qualité d’écriture et de lisibilité en ce qui concerne les secondes.

La recherche s’est aussi intéressée à la manière dont les journalistes appréhendent ces évolutions technologiques, lesquelles sont susceptibles de soutenir les professionnels de l’information dans leurs routines. Des études se sont également penchées sur les applications pratiques qui caractérisent l’évolution des technologies de l’intelligence artificielle dans les médias d’information – de la recommandation à la personnalisation d’informations, en passant par les « chatbots » –, ainsi que sur le rôle désormais joué par de nouveaux acteurs qui ne sont pas traditionnellement liés au monde du journalisme.

Cette bibliographie sélective propose un panorama de l’état de la recherche abordant les différents aspects relatifs au phénomène de la production automatisée d’informations journalistiques et, plus largement, à celui du développement de l’intelligence artificielle au sein des rédactions. Les articles publiés dans des revues scientifiques, des rapports généraux réalisés par des chercheurs, ainsi que les monographies traitant du sujet ont été pris en compte. La majorité des écrits proposés sont en anglais, mais ils sont tous accompagnés d’une notice descriptive en français. Cette base de données interactive a été organisée en fonction du type ou de l’objet de recherche dans le but de faciliter le parcours du chercheur ou de la chercheuse.

Machine à laver versus robot

Dans ce Carnet du LaPIJ, vous ne verrez pas d’images de robots. En premier lieu, l’automatisation de la production d’informations renvoie à l’utilisation de logiciels, d’algorithmes du traitement de la langue et pas à un assemblage mécanique. En second lieu, nous pourrions davantage parler d’intelligence augmentée plutôt que d’intelligence artificielle : sur le terrain, la plupart des expériences en matière d’automatisation témoignent non pas d’un remplacement du travail humain, mais bien d’une transformation du travail. L’usage de la métaphore n’aide pas à comprendre en quoi humains et logiciels sont moins des adversaires que des alliés. Face à l’automatisation des modes de production, le phénomène d’anxiété professionnelle n’est pas neuf dans le journalisme (pas plus qu’il ne l’est dans d’autres professions). Mais plutôt que de voir l’automatisation sous les traits d’un « robot » en trois dimensions, une autre manière de l’aborder, plus juste, est celle de la métaphore de la machine à laver. Dans cette perspective, les journalistes sont en charge de trier le linge sale (les données) et de choisir le bon programme (le récit). En appuyant sur le bouton pour entamer le cycle de lavage, ils décident du support et du moment de diffusion du récit. Cette métaphore de la machine à laver met aussi en lumière le fait que la principale difficulté d’un processus d’automatisation réside à la fois dans l’accessibilité des données et dans la qualité de celles-ci.

LINDEN, Carl-Gustav et DIERICKX Laurence, 2019. Robot Journalism : The damage done by a metaphor. Unmediated : Journal of Politics and Communication. Vol. 2, pp. 152–155